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Position du Ladyss sur la Loi de programmation pluriannuelle de la recherche (LPPR)


Motion du LADYSS contre la LPPR
En dépit des promesses présidentielles et gouvernementales faites au cœur de la crise Covid-19 à l’adresse des services publics, une importante réforme de l’enseignement supérieur et de la recherche, dite loi de programmation pluriannuelle de la recherche est relancée. Un grand mouvement d’opposition s’était pourtant structuré avant le confinement. Le processus d’affaiblissement de l’action publique en la matière et de précarisation des métiers se poursuit pourtant alors même que les universités sont fortement affectées par les restrictions liées à la crise sanitaire. La LPPR revient avec un calendrier très serré, des propositions budgétaires faussement optimistes. Ses orientations visent une dégradation des statuts des maitres de conférences et des chercheurs, ainsi que le renforcement des intérêts privés au cœur de la recherche et de l’enseignement supérieur.

En ce sens, la LPPR n’assure pas de financement pérenne, en particulier en matière de personnel : le projet de loi tourne le dos à l’emploi statutaire et renforce les contrats précaires et dérogatoires (tenure track, contrat doctoral de droit privé, contrat professeur junior).
Le renforcement du financement de la recherche sur contrats empêche un travail de long terme. Alors que la crise épidémique témoigne de la nécessité d’investigations sur des problématiques nouvelles, la LPPR ne laisse pas place aux recherches sur des thématiques encore inédites. Les collègues ayant dû abandonner leurs travaux sur le Coronavirus, il y a une décennie, en témoignent.
L’écart croissant entre universités et entre laboratoires, qui exacerbe les inégalités toujours au profit d’une élite universitaire, est d’autant plus difficile que l’urgence est la mobilisation de tous. Cette mise en concurrence, coûteuse en temps et en énergie, néglige le fait que l’université et la recherche sont le produit de collectifs de travail et de communautés scientifiques. La remise en cause des fonctionnements collégiaux, par le renforcement du pouvoir des présidences d’universités ou des directeurs d’instituts, obère le fonctionnement collectif de nos métiers, cependant essentiel.
L’ensemble des mesures prises par la LPPR met à mal les besoins en matière de recherche et d’enseignement pourtant d’autant plus nécessaires dans une société en pleine transformation.

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« Il faut une loi ambitieuse, inégalitaire – oui, inégalitaire, une loi vertueuse et darwinienne, qui encourage les scientifiques, équipes, laboratoires, établissements les plus performants à l’échelle internationale, une loi qui mobilise les énergies. » Ainsi Antoine Petit, PDG du CNRS présente-t-il la future loi de programmation de la recherche qui sera présentée en début d’année.
Cette vision spencériste assumée promeut une lecture sélective des critères d’organisation et de réussite de la science que l’on est en droit d’interroger pour penser une activité de nature coopérative comme la production de la connaissance. Cette posture affiche en tout cas une rupture dans l’organisation de la Recherche et de l’enseignement supérieur qui heurte une grande partie de notre communauté scientifique. La mise en avant d’une inégalité revendiquée dans le contexte politique et social est saisissante, le terme atteste d’une volonté de transformation radicale. Transformation qui met en avant les performances individuelles d’un petit nombre et non le travail organique de collectifs scientifiques.
À l’automne 2018, 45 présidentes et présidents des sections et commissions interdisciplinaires du Comité national de la recherche scientifique, d’instance d’évaluation attachée au CNRS, et de jurys d’admissibilité des concours CNRS, ont alerté la communauté « L’étiolement programmé du CNRS est un symptôme du dédain pour la recherche publique ». L’alerte est régulièrement de mise à propos d’une recherche sur contrat et sur concours qui ne permet pas de faire face à un besoin saillant de recherche fondamentale.
Au printemps dernier, l’ensemble des laboratoires et des universités avait pourtant été mobilisé par un grand débat sur la préparation de cette loi de programmation. Comme de nombreux autres laboratoires, nous nous sommes exprimés. Nous avons souligné dans ce document que les conditions du travail d’un laboratoire supposaient des dotations pérennes, des équipes stables en personnel d’appui technique et administratif, des rémunérations décentes, et du temps pour mener à bien des activités qui sont de plus en plus fragmentées (en particulier pour les enseignants-chercheurs). Les nombreux échos que nous avons reçus tendent à confirmer que nous n’étions pas seul à souligner les effets pervers d’une Recherche fondée sur la mise en concurrence systématique pour l’accès aux ressources, sur la mise en place de mécanismes de division du travail plus étroits et une logique de moyens orientée vers un petit nombre de « chercheurs étoilés », de préférence recrutées sur un job market international, et enfin sur un accès beaucoup plus tardif à des postes stables et l’étiolement de structures de recherche organisées autour d’équipes pérennes.
Les premières informations sur cette loi de programmation nous font craindre qu’elle ne permettra pas de rattraper le retard que connaît la France en matière de financement de l’Enseignement supérieur et de la Recherche. Le discours sur le darwinisme ne correspond pas à l’idée de la pluralité des connaissances, des méthodes et des thématiques pour lequel nous sommes engagés, car les principes de sélection permanente ont systématiquement des effets pervers que les nouveaux dispositifs ne feront que renforcer : course à la publication « rémunératrice », sélection des thèmes à la mode, effet de starisation d’une minorité, dualisation entre catégories d’établissements. La remise en cause des statuts des personnels et la définition des missions (diminution du nombre de titulaires et montée constante de l’emploi sur contrat) nous engagent sur un autre modèle de performance que celui de la recherche, en particulier en SHS.
Dans un contexte social houleux, l’échéance que représente ce projet de loi suscite une mobilisation croissante au sein de notre monde professionnel. Gageons que nos institutions sauront entendre les nombreuses alertes et interpellations émises par la communauté des chercheurs et ainsi tirer un meilleur parti des nombreuses expériences individuelles et collectives que nous avons à partager pour rebâtir pour la Recherche un projet ambitieux et respectueux de ses cheville ouvrières du quotidien.
Une rupture dans l’enseignement supérieur et la recherche. Une régulation néolibérale, cliquer ici.

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Le 25 mai 2020, l’Assemblée des Directions de Laboratoires a adressé une réponse au courrier de Frédérique Vidal à la communauté scientifique : https://adl.frama.site/blog/courrier-a-frederique-vidal-du-25-mai-2020
Ce courrier a été signé au nom de l’ADL. Ce choix ne présume pas de nos contacts en cours avec d’autres collectifs, avec lesquels une association de nos forces semble plus que souhaitable pour la majorité des DU qui se sont exprimés. Nous sommes ainsi en contact avec les sociétés savantes, la CPCN, et bien sur d’autres acteurs du champ se mobilisent sur d’autres appels du même type.
Ce courrier va être adressés aux Ministres et cabinets ministériels concernés ainsi qu’aux parlementaires, car en effet la discussion parlementaire reprend déjà sur la LPPR.
Le séant discute ainsi aujourd’hui d’un « Projet de loi relatif à diverses dispositions liées à la crise sanitaire, à d’autres mesures urgentes ainsi qu’au retrait du Royaume-Uni de l’Union européenne » suite à une procédure accélérée engagée par le Gouvernement le 7 mai 2020. Ce projet de loi vise à habiliter le Gouvernement à prendre par ordonnance des mesures relevant du domaine de la loi dans de nombreux domaines.
Démarche à initiative de Marc Aymès, Valérie Boussard, Baptiste Buob et Thomas Lamarche




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