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Après deux décennies d’un processus virulent de dérégulation, qui a beaucoup affaibli les protections et les barrières économiques nationales – mises à mal par des échanges de plus en plus globalisés –, et bien que des voix sans cesse plus nombreuses se fassent entendre pour mieux maîtriser la mondialisation, doit-on admettre définitivement que nous allons inéluctablement vers un modèle socio-économique auquel le marché impose exclusivement ses règles et ses limites ?
Cela dit, un nombre croissant d’auteurs défendent qu’une réponse pourrait être apportée à l’échelle régionale (au sens d’associations plurinationales). Que ce soit en Europe, en Asie orientale, en Amérique du Nord (Alena) ou du Sud (Mercosur), en Afrique de l’Ouest ou australe, une forme multiple de partenariat configuré sur le plan régional pourrait redessiner la géographie économique et politique en modifiant les contraintes et les stratégies des sociétés locales.
La régionalisation comme processus et comme stratégie d’acteurs repose, généralement parlant, sur quatre arguments principaux.
Le premier est d’ordre économique. Les firmes, qu’elles soient petites ou moyennes entreprises ou des firmes multinationales, trouvent souvent dans l’enracinement régional (« nearshoring ») les partenariats et les équilibres qu’il leur faut pour pouvoir s’orienter dans un contexte de mondialisation de plus en plus concurrentiel et de moins en moins prévisible. Dans cette optique, les échanges commerciaux progressent davantage au sein des régions qu’avec le reste du monde. Des populations sans cesse plus nombreuses vivent à cheval sur plusieurs pays qui sont souvent des pays proches.
Le deuxième argument est plutôt culturel, les « préférences collectives » se concevant souvent mieux à cette échelle qu’à celle du globe, qu’il s’agisse de la protection des consommateurs, de la précaution environnementale, des normes sociales ou culturelles, etc. L’Europe, la première, pour créer des synergies nécessaires au fonctionnement optimum de l’ensemble régional qu’elle forme, est entraînée dans une quête d’homogénéité culturelle et d’équilibre entre ses différentes composantes inter-étatiques et intra-étatiques.
Le troisième argument est politique, c’est celui qui repose sur certaines stratégies et pratiques sociales demandant le retour vers un modèle d’équilibre entre la liberté des échanges et le processus de la régulation. Cependant, les régions ne doivent pas être considérées comme des forteresses qui entravent le libre-échange. Elles sont notamment, comme le reconnaissent les règlements du Gatt puis de l’OMC, des entrées indispensables vers l’univers des échanges entre les pays en développement que le cycle de Doha ne sera pas parvenu à promouvoir et que les simples accords bilatéraux avec les pays du Nord placent dans des rapports de force trop défavorables. Il est vrai que dans l’espace Euromed comme dans l’Alena ou en Asie de l’Est, les accords régionaux sont un moyen, pour les pays développés, d’imposer leurs normes à leurs voisins en développement. Et, il faut bien parler de « régulation » internationale, car ces accords commerciaux régionaux dépassent la plupart du temps (accords dits « en profondeur », Lawrence 1996) le seul commerce : parfois ils affectent, sur plusieurs plans, les normes environnementales, les droits sociaux et professionnels des citoyens, les principes de l’affirmation des droits à la propriété intellectuelle, les standards et les normes existant dans les domaines des télécoms ou de l’énergie, etc. Les Accords d’association d’Euromed, par exemple, sont bien plus qu’un projet de libre-échange : ils ont des implications sociales, culturelles et politiques majeures. C’est sans doute parce qu’elle mesure l’importance du phénomène et des enjeux multiples qu’il recouvre que l’Asie orientale, qui n’avait pas pris le train des accords régionaux, comme l’Amérique ou l’Europe, s’y lance depuis 2000 (« Asean plus Three » avec la Chine, la Corée du Sud et le Japon).
Le quatrième argument est géopolitique : la régionalisation est la meilleure et, peut-être, la seule façon de retrouver un certain pluralisme d’acteurs géopolitiques sur le plan des relations internationales contemporaines. Les États-Unis devraient ainsi composer avec des ententes régionales européennes et asiatiques fortes en procédant de manière moins libérale qu’ils ne le font.
L’analyse du processus d’intégration régionale se décline à partir de trois types d’approches :
une approche comparative de la formation des grands ensembles régionaux (Europe et voisinage Est, Sud et Sud-Est, Amérique du Nord, Asie orientale, etc.) et sous-régionaux (Afrique de l’Ouest, Maghreb, Eurasie, Arctique...) ;
une déclinaison des échelles du local au macro-régional, en passant par les États et les villes, petites et grandes. Ces territoires à différentes échelles deviennent nos objets d’observation des processus d’intégration régionale ;
une approche à la fois objective et normative des différents acteurs impliqués, parfois à leur corps défendant, dans le processus de régionalisation. Cela nous conduit à étudier le contenu du concept de gouvernance des territoires.






